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« Roger » ou l’externalisation du « syndrome de l’imposteur »

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« Roger » ou l’externalisation du « syndrome de l’imposteur »

Frédéric BRIONES Coach certifié et thérapeute narratif

 

Introduction

Certain d’entre vous connaissent cette impression que l’on n’est pas digne des mérites et des éloges que les autres nous accordent.
Parce que « c’était pas si compliqué, finalement », que « ça avait l’air trop facile », que c’est « juste un coup de chance et que toi aussi tu aurais pu… »
Parfois, ce n’est que modestie et humilité sans doute de bonne aloi ; mais pour d’autres, c’est un sentiment permanent de doute et d’illégitimité.

 

Un petit coup de Wiki à propos du syndrome de l’imposteur

Une petite recherche sur Wikipédia concernant le « syndrome de l’imposteur » aussi nommé « syndrome de l’autodidacte » nous propose les informations suivantes :

« Le terme est inventé par les psychologues cliniques Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes en 1978.

Il s’agirait en l’occurrence d’un fantasme masochiste sapant les mécanismes narcissiques et polluant l’existence du sujet affecté. 60 à 70 % des personnes douteraient, à un moment ou à un autre de leur carrière, de la réalité ou de la légitimité de leurs succès.

Ces pensées négatives sont généralement dépassées par une certaine clairvoyance, mais elles peuvent finir par devenir invalidantes. Certaines personnes souffrant de ce syndrome sont persuadées de l’idée que leurs travaux sont trop simples et évidents pour mériter de l’attention, de l’admiration, un salaire ou des récompenses.

Pour d’autres, le complexe de l’imposteur est lié à la peur de réussir et empêche les personnes qui en sont victimes de développer pleinement leur potentiel. Inconsciemment convaincues que leur réputation est usurpée, ces dernières fuient toute possibilité qui leur permettrait d’aller encore plus loin. Ces personnes vivent dans le doute et pensent qu’un jour elles seront démasquées et que quelqu’un fera la preuve de leur incapacité »[1].

Ce syndrome est doté d’un outil d’auto-diagnostique, l’échelle de Clance [2].

 

Comportement visible

L’essentiel est dit : je doute au fond de moi de tout de la valeur de tout ce que je fais et vis dans la crainte d’être « démasqué » par les autres qui verraient l’imposeur que je suis au fonds. Aussi, pour me prémunir contre cela, soit « j’en fais des tonnes » (overdoing) soit je me prépare une excuse toute prête pour expliquer que je n’ai pas de mérite particulier (underdoing) telle que « c’est juste un coup de chance » ou encore « c’est normal et c’était facile, t’inquiète ».

 

« Roger… Dehors !  »

J’ai eu l’occasion de rencontrer récemment une personne « zèbre » (haut potentiel émotionnel et intellectuel…), prénommée Sylvie. Elle m’a partagé son truc pour vivre mieux avec ce syndrome par ailleurs particulièrement rependu chez les personnes à haut-potentiel.

Et son truc à elle …s’appelle « Roger » !

C’est le petit nom qu’elle a donné cette petite voix intérieure qui lui dit fréquemment qu’elle n’a pas de mérite ou de talent, que ce qu’elle produit ne ressemble à rien, qu’elle n’est qu’une imposteure… Elle se met à parler de lui pour expliciter ce sentiment d’être dans une fourberie bientôt démasquée.

Et du coup, de temps à autre et fort heureusement de plus en plus souvent, elle le renvois dans les cordes !

 

Externalisation du problème

Ce faisant, elle produit un geste très intéressant que nous employons en thérapie narrative : l’externalisation du problème.

L’un des principes fondamentaux de la thérapie narrative[3], est que « le patient n’est pas le problème et que le problème est le problème ».

En d’autres termes,

  • le patient n’est pas un problème qui viendrait le disqualifier et le déposséder de son identité,
  • le patient n’a pas un problème (« cela m’appartient, c’est en moi »),
  • mais le patient est confronté à un problème avec lequel il entretient une relation.

C’est en partant de ce principe que le thérapeute aide son patient à « externaliser » afin de permettre d’investiguer ensuite le rapport du patient à celui-ci. C’est précisément l’étude de ce rapport au problème (carte de l’externalisation[4]) qui va faire l’objet de la thérapie, au travers des conversations thérapeutiques à venir : il va l’inciter à le nommer, à le caractériser, à identifier ses comportements, ses déclencheurs, ses intentions, mais aussi les moments où le problème n’exerce pas son emprise sur le patient (carte de l’exception).

 

 

Donc merci et bravo à toi, Sylvie (qui se reconnaîtra) et merci à Roger d’être là à côté de tous ceux qui bagarrent avec ce fameux syndrome de l’imposteur. Puisqu’apparemment, Roger est issu d’une très grande famille, avec beaucoup de frères et de cousins…

 

[1]https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_l%27imposteur#:~:text=Pour%20d’autres%2C%20le%20complexe,d’aller%20encore%20plus%20loin.

[2] Voir à ce sujet un petit outil de mesure simple pour mesurer où vous en êtes avec ce syndrome : L’échelle de Clance dans une version traduite de l’anglais : https://www.penserchanger.com/wp-content/uploads/2017/07/Echelle-de-Clance-du-Ph%C3%A9nom%C3%A8ne-de-l-Imposteur.pdf

[3] Cf le site : https://therapie-narrative.org de l’Association Française de Thérapie Narrative (AFTN)

[4] La notion de « cartes et de paysages » fait partie de la métaphore littéraire utilisée par M.White, inventeur de la thérapie narrative, pour parler des thèmes ( paysage de l’action, de l’intention et la valeurs, de la relation et de la reconnaissance) et des questions (les cartes de l’externalisation et de l’exception sont des cartes du paysage de l’action) du thérapeute narratif avec son patient, co-auteur et co-acteur de son histoire.

 

Photo by sebastiaan stam on Unsplash