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Le Prince dans un arbre

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Le Prince dans un arbre

 

« Le plus important n’est pas ce qu’on fait de moi mais ce que je fais avec ce qu’on a fait de moi » Jean Paul Sartre

 

Résumé :

L’objet de cet article est de souligner le lien entre le Prince – figure allégorique issue de la trilogie identitaire de Carlo Moïso[1], transactionnaliste et inscrit dans le courant de la psychologie humaniste – et une pratique issue de la Thérapie Narrative, l’Arbre de Vie, conceptualisé David Denborough[2] et Ncazelo Ncube.

Cet article est également publié sur le site « therapie-narrative.org » de l’AFTN dont je suis membre.

 

Le Prince, le crapaud et les masques

Carlo Moïso nous propose une métaphore pour éclairer le cheminement identitaire que nous faisons d’un être positif vers une être blessé qui a développé des croyances et des postures psychologiques et sociales pour vivre malgré ses blessures. Ainsi, suggère-t-il grâce à ce modèle une voie thérapeutique pour se reconnecter à « son Prince »

Cette métaphore s’articule autour de 3 figures symboliques : celles du Prince, du Crapaud et des masques.

Le Prince est cet être positif et ouvert que nous avons tous en nous et que nous avons été. Il est un être de besoins, de création, de désir, de relations et des ressources. Et quand nous sommes connectés à ces 5 caractéristiques, nous sommes sur une voie d’ouverture, d’autonomie et de développement, à la fois en prise avec notre identité propre et prêt interagir avec les réalités du monde.

Mais, hélas, lorsque nous sommes confrontés – vraisemblablement lors de l’enfance- aux blessures de la vie, 4 « I » de l’existence (l’Inadéquation, l’Imprévisibilité, l’Injustice et l’Inéluctabilité), nous nous éloignons de cette identité authentique et positive. Ainsi apparait le Crapaud, être blessé qui est la manifestation symbolique des croyances limitantes que nous développons du fait de ces blessures, réponses personnelles à notre irrépressible besoin de comprendre « pourquoi »  et afin d’y faire face.

Seulement, pour être capable de présenter une apparence acceptable et supportable envers nous-même comme pour autrui, nous dissimulons ce crapaud, manifestation du prince déchu de sa condition initiale, derrière des masques qui sont un ensemble de postures, de discours d’apparence positive, de faux-self nourris par ces croyances.

 

Le prince a ses raisons

Prenons l’exemple de Pierre[3] : Le petit Pierre menait une vie d’enfant « normal » ou à peu près, curieux et ouvert… Jusqu’à ce qu’il soit confronté vers ses 8 ans à un message parental dévastateur lui annonçant brutalement qu’il n’était pas un enfant désiré et qu’il avait intérêt à se faire oublier. Pierre en a développé un profond sentiment d’inadéquation, d’être un enfant « pas à sa place », encombrant ou gênant.

Pour survivre psychiquement et se développer malgré cette croyance, il a testé et fini par intégrer un ensemble de stratégies relationnelles comme celle d’être le bouffon, pitre de service, drôle et maladroit. Il est aussi devenu, dans ses bons jours, un médiateur doué qui comprend et facilite l’expression des émotions, qui réconcilie et pacifie les relations. Mais, dans les pires, il se piège régulièrement (et les autres avec lui) dans le rôle de sauveteur du triangle dramatique de Karpman[4]. ET ainsi vit-il, dissimulé derrière l’apparence d’un type sympa et conciliant, mais parfois un peu envahissant et rackettant au passage des signes de reconnaissances, même négatifs, car « mieux vaut être critiqué qu’ignoré ».

L’enjeu thérapeutique et identitaire clé serait alors pour Pierre devenu adulte, d’embrasser le crapaud, de déconstruire cette croyance sur son inadéquation, de déconstruire le discours dominant imposé par sa mère comme une vérité indépassable pour dégager les traces, mêmes fines des moments où il s’est senti à sa place, utile et positif, par sa propre présence, par ses capacités et ses compétences propres et trouver enfin un métier et une façon d’être en prise réelle avec cela …

Bref, embrasser le crapaud pour faire réapparaitre le Prince et s’y ré-allier à lui en se défaisant ainsi d’une partie des masques devenus inutiles et encombrants.

 

Monter dans un arbre pour retrouver le Prince

ET bien, pour se reconnecter à ce Prince, l’Arbre de Vie, pratique conceptualisée David Denborough et Ncazelo Ncube pour intervenir auprès des enfants d’Afrique du Sud s’avère tout à fait pertinent.

En effet, il s’agit tout d’abord de mobiliser par le dessin et sous couvert de la métaphore de l’Arbre (composé de racines, d’un sol, d’un tronc, de branches, de feuilles et de fruits) son imagination et sa créativité, cette créativité de « l’Enfant Libre[5] », cher aux transactionnalistes. Récemment, j’ai pu entendre la réaction spontanée et ô combien naturelle d’un participant à un travail d’arbre de vie en collectif s’exclamer : « cool, ça me rappelle mon enfance et les arbres du verger de chez mon grand-père ». On est dans le bon registre, là !

Le dessin ainsi posé sur le papier, il est alors enrichi par des mots et des phrases, organisées en thématiques différentes selon qu’il s’agisse

  • des racines, généralement associées au passé et ici aux défis relevés,
  • du sol, porteur des besoins et des ressources,
  • du tronc, représentant par exemple les compétences, talents et qualités/valeurs du patient-narrateur,
  • des branches figurant et supportant les projets, les aspirations et les rêves,
  • les feuilles, décrivant une personne soutien ou ressource, un membre du « club de vie »
  • ou les fruits, matérialisant les « cadeaux, les chances ou les grâces » offertes par la vie

Note : ce n’est ici qu’un des nombreux exemples d’agencement thématiques que le coach/thérapeute peut et doit adapter selon les enjeux du patient et les objectifs de l’exercice.

Dans le présent exemple, l’agencement ainsi proposé fait émerger puis permet d’engager une conversation portant sur les ressources personnelles, les soutiens externes (relations), les besoins à satisfaire, les aspirations, rêves et désirs. Sans oublier la créativité, elle-même soutenue par le fait de dessiner et stimulée par le processus métaphorique. Bref, de stimuler et faire émerger toutes les caractéristiques du Prince de Moïso.

 

En guise de conclusion, une pratique puissante et douce à la fois

En conclusion, le protocole narratif de « l’arbre de vie » est une pratique à la fois simple, intuitive, efficace et très rapide pour permettre au client/patient de se reconnecter à son Prince (ou sa Princesse).

Le thérapeute/coach doit, quant à lui, se placer dans la posture typique du thérapeute narratif, à la fois influente (par les thématiques qu’il propose pour l’arbre et par les questions dont il maille la conversation où l’accompagné parle de son arbre et l’explicite) et décentrée (le thérapeute est attentif à limiter les interférences entre le patient et son dessin, grâce notamment à une parole posée et douce, quasi hypnotique et par la protection du libre-arbitre donnant le choix au client/patient de ce qu’il pourra dessiner ou évoquer de son arbre).

Je vous recommande de dessiner le vôtre en suivant le guide… pardon, le thérapeute-coach narratif.

 

Frédéric BRIONES

Coach et thérapeute narratif

 

 


[1] C MOÏSO

[2] D.DENBOUROUGH et N. NCUBE dans « L’approche Narrative collective »

[3] Pierre est le pseudonyme d’un cas réel, évoqué ici avec l’autorisation du patient

[4] S.KARPMAN : Le triangle dramatique

[5] Référence à l’un des instances psychiques développées par l’analyse transactionnelle dont l’inventeur est Eric BERNE